le 22 avril 2008 sur le net  
 
Accueil
 
édito du jour
 
loi du 25.01.2011
 
DEMARCHES ET INFOS
 
SODIE
 
EMPLOI SERVICE
 
CHRONIQUE D'UNE MORT
 
info du net
 
archives édito
 
archives du net
 
newsletter

Pourquoi les députés de la majorité

 refusent d'être « des petits pois »

 

La grogne des députés UMP est récurrente depuis un an, chose rare en début de législature. Les raisons en sont multiples, et Nicolas Sarkozy y a sa part de responsabilité.

Rien n'y fait. Depuis le début de la législature, la majorité n'en finit pas de renâcler et de ruer dans les brancards. Un simple problème de « cadrage » habituel au début de la législature, assuraient à l'automne les plus fidèles sarkozystes. Ils ne peuvent plus le dire. Car, depuis, la grogne enfle chaque jour un peu plus : rapport Attali, OGM, revue générale des politiques publiques, hausse du prix du gaz, avenir de la carte famille nombreuse et du remboursement des lunettes, craintes sur la carte militaire et hospitalière, jusqu'aux économies faites sur les allocations familiales... A chaque fois, les députés UMP tonnent.

Un hiatus surprenant par son ampleur à peine un an après la large victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. « Il y a un vrai malaise. Ce n'est pas un épiphénomène », glissent en choeur plusieurs députés de base. Pour la première fois depuis 1978, la majorité sortante a été reconduite en 2007. Aguerris, et parfois convaincus, à cause de la polémique sur la TVA sociale, de devoir leur réélection à leurs propres mérites, ses membres ont d'autant plus mal supporté ce qu'ils prenaient pour des marques de mépris. « Pour reprendre une formule chère au chef de l'Etat, nous refusons de plus en plus d'être des petits pois », ironise Arlette Grosskost, la députée du Haut-Rhin.

« Tout est permis » ?

L'ouverture à gauche les a braqués d'entrée. Puis l'omniprésence, dans les médias, des conseillers du président (nommés et pas élus), la multiplication des procédures d'urgence pour faire passer les textes et le manque de consultation de la part de certains ministres ont alimenté leur ressentiment. C'est loin d'être la première fois, sous la Ve République, que le Parlement est considéré comme une chambre d'enregistrement. Mais quand, en sus d'une lourde défaite aux municipales, les ministres commencent à se contredire entre eux, comme sur les OGM ou la carte famille nombreuse, rien ne va plus. « On ne peut pas passer du slogan d'espoir «tout est possible» au slogan laxiste «tout est permis» », confie le vice-président du groupe UMP, Jean Léonetti. A fortiori quand les mesures annoncées (dans le rapport Attali ou sur les allocations familiales) prennent de front la base idéologique de la droite.

Comme s'il avait entendu le message, Nicolas Sarkozy a commencé à associer des élus aux commissions de réflexion qu'il a nommées. Et, la semaine dernière, il a sévèrement rappelé ses ministres à l'ordre mais a épargné les parlementaires. Cela n'a pas empêché la critique sur le manque de lisibilité et de hiérarchisation des réformes, cantonnée au cercle des villepinistes avant Noël, de se diffuser chez les parlementaires, jusqu'à être reprise, sous couvert de l'anonymat, par les sarkozystes eux-mêmes. « Ce dont on souffre, c'est que le gouvernement présente trop de réformes isolées de leur contexte », assène l'un d'eux.

A Matignon, certains jugent la critique sur la méthode « classique » quand un gouvernement réforme et, plus encore, propose des pistes d'économies. D'autant que les élus sont parfois les mêmes qui regrettent que les choses n'aillent pas assez vite et critiquent dès qu'une décision est prise. Si Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l'UMP, appelle de ses voeux « une meilleure coordination des annonces », il explique aussi que « les ministres ont souvent bon dos » : « Pour éviter d'afficher une division existante à l'intérieur du groupe, comme sur les OGM, il est parfois plus simple de faire comme s'il y a avait un problème de méthode entre le Parlement et le gouvernement. »

«Le bling-bling nous a plombés»

C'est exact, mais un peu court. C'est surtout une façon d'exonérer le président de la République de ses propres responsabilités. Outre que bon nombre d'élus le rendent responsable, lui et pas François Fillon, de la défaite aux municipales (« le bling-bling nous a plombés »), le chef de l'Etat n'a pas choisi en début de législature, contrairement à l'usage, un de ses fidèles pour verrouiller le groupe à l'Assemblée. Jean-François Copé récuse le rôle de « garde-chiourme » : « Mon rôle, dit-il, n'est pas d'appuyer sur le bouton «applaudissez». Nous ne sommes pas dans un «reality show». » Et puis Nicolas Sarkozy avait lui-même très largement montré l'exemple sous la précédente législature, en se démarquant régulièrement de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin, ou en laissant ses proches le faire. « Nicolas Sarkozy a libéré la parole. Aujourd'hui, il en paie le prix », note le chiraquien Henri Cuq, ancien ministre des Relations avec le Parlement. Une version politique de l'arroseur arrosé...

ELSA FREYSSENET ET PIERRE-ALAIN FURBURY

Lien

© 2011